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Pierre Graham a écouté Smoota

par Guillaume Pepin, le 27 novembre 2013 | Critiques musicales

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Smoota : un homme à la guitare-clavier et aux complaintes languissantes

Il suffit de regarder la couverture de l’album pour constater que Smoota est un homme en détresse. Sur la couverture, y’a un homme à poil dans le bois, penché, devant un tas de pierres, qui regarde à l’horizon (préparant peut-être Dieu sait quel rituel). Le titre « Fetishes » devient le thème d’une obsession. Sur son blog/site web, on peut y voir ses goûts vestimentaires, très révélateurs sur son cas : pantalons de cuirs, chemises de tissu-léopard, chemises fleuries, chaussures aux longues pointes, costards blancs, lunettes fumées bleuâtres. Smoota se veut sensuel, « chaud ». La question est de savoir si ça l’a fonctionné. Car on a vraiment l’impression qu’il y a une bonne dose d’ironie dans son jeu, qu’il performe pourtant avec le plus grand sérieux.

Musicalement, c’est très répétitif, langoureux, hypnotisant presque. Le champ sémantique des chansons se rapporte constamment à des mots comme « lust », « pleasure », « mistress », « desire » (et ainsi de suite). C’est un album-récit, qui fait l’étalage de pulsions insatiables et qui atteint son paroxysme avec « Much too much ». Ses thèmes sont parfois inquiétants. Smoota explore les couloirs sombres du voyeurisme, décrie les frustrations de la vie de couple, célèbre la séduction et l’extase des fantasmes. Il raconte tout ça sans une miette de pudeur, avec sa guitare-clavier, en chantant les yeux fermés, et, sans l’ombre d’un doute, en transpirant à grosses gouttes. Il accompagne son monologue fiévreux avec des moments de trombone (qui sont très bons d’ailleurs), tandis qu’il reste toujours fidèle à son Maestro Rhythm King (boîte à rythme qui remontre aux années 70). En somme, l’écoute de l’album, c’est la rencontre d’un personnage « much too much », quoique très sympathique dans le fond. C’est pourquoi on peut affirmer que ce n’est pas seulement une écoute, mais aussi une bonne mise en scène. En ce sens là, c’est réussi – ce qui fait cependant en sorte que l’album se révèle un peu creux. Creux sans doute rapidement comblé par sa présence dans ses performances « live ». Ma préf est « Our Relationship », qui est à mon avis la plus réussie dans le style qu’emprunte Smotta.

7.5/10