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Pierre Lapointe – Pour déjouer l’ennui

par Cyril Schreiber, le 24 octobre 2019 | Chéri(e) j’arrive, Critiques musicales

Pierre Lapointe est en feu : après le sublime La science du coeur (2017) et le plus rock et oubliable Ton corps est déjà froid (2018), le voilà qu’il revient avec un album-surprise, Pour déjouer l’ennui (Audiogram), dont la réalisation et la direction musicale sont signés Albin de la Simone, chanteur, musicien français et surtout grand ami et “alter ego” de l’artiste québécois.

On y retrouve 12 nouvelles et belles chansons à ajouter au répertoire déjà riche de Lapointe, qu’il qualifie lui-même de “berceuses pour petits enfants devenus grands”. Calme et apaisé est le ton de cet album enregistré au mois d’août 2017, volontairement sorti après les deux précédents pour finaliser cette trilogie, boucler la boucle en quelque sorte. 

Si Lapointe signe la majorité des textes et musiques, il n’a pas hésité à collaborer avec différents intervenants pour faire naître ces nouvelles chansons : outre de la Simone, on retrouve entre autres Clara Luciani (à l’écriture et au chant de Qu’est-ce qu’on y peut ?, un beau duo), Daniel Bélanger, Félix Dyotte, Philippe B et les frères Chiasson (Julien et Hubert… Lenoir). Ces textes parlent encore et toujours de l’amour (impossible, incompréhensible, mystérieux), thème éternel que le chanteur québécois n’hésite pas à exploiter encore une fois, au détriment parfois d’une certaine originalité et audace.

La délicatesse des mélodies et des arrangements rappelle souvent l’album piano-voix Paris tristesse (2015), en version guitare cette fois, puisque c’est cet instrument, livré par Joseph Marchand et Nicolas Basque, qui est mis de l’avant, sans que soient négligés les claviers ensorcelants d’Albin de la Simone ni les sublimes chœurs qu’on retrouve au fil de l’album. Seuls quelques “emballements”, quelques emportements au niveau de l’interprétation, viennent saborder toute cette douceur, à peu de reprises heureusement.

Pour déjouer l’ennui n’a peut-être pas l’éclat incandescent de La science du cœur par exemple : on est plutôt ici dans le domaine du clair-obscur, du voilé. Ce qui nécessite possiblement plus de temps et d’effort pour en voir toutes les subtilités, toutes les beautés. Il est en tout cas un autre jalon d’une carrière plus qu’impressionnante.

Pierre Lapointe sera en spectacle en février prochain à Québec (au Grand Théâtre) et à Montréal du côté de l’Usine C.

8.5/10

Le site officiel de Pierre Lapointe, sa page Facebook, ses chaînes YouTube (ici et ici).

Cyril Schreiber

 


En spectacle

C’est dans la salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre de Québec, lieu qu’il connaît comme le fond de sa poche pour y avoir joué plusieurs fois, que Pierre Lapointe a décidé de lancer sa nouvelle tournée Pour déjouer l’ennui, trois soirs plutôt qu’un. 

Suite logique de l’album, le spectacle fut tout en acoustique et en douceur. Installés entre des rideaux à paillettes et en-dessous d’une boule disco, Lapointe et ses quatre excellents musiciens et amis (Félix Dyotte, Joseph Marchand, Philippe Brault et José Major) ont pendant presque deux heures fait vivre ces nouvelles chansons tout en revisitant un riche répertoire à la sauce guitare acoustique. Des premières, les coups de coeur que sont entre autres la chanson-titre, Tatouage et La plus belle des maisons font déjà office de classiques. Des secondes, notons les relectures réussies de Sais-tu vraiment qui tu es ?, Nu devant moi, Tel un seul homme, Au 27-100 rue des partances ou encore Nos joies répétitives, dans une forme reconnaissable mais sublimée où les guitares acoustiques (et le talent de ceux qui en jouaient) étaient mises en valeur. Soulignons aussi la seule reprise de la soirée, celle de Youkali de Kurt Weill, qui s’incorporait bien au reste.

Le chanteur québécois, qui s’est concentré sur le chant et n’a pour une fois pas joué de piano, n’a pas dérogé à son habitude de nous faire beaucoup rire en spectacle, ici en donnant une minute de temps de parole à chacun de ses musiciens, formule semi-improvisée qui a connue une apothéose avec l’intervention mi-comique, mi-sérieuse, de Joseph Marchand, qui a failli vivre à Québec et souhaiterait peut-être s’y installer…Une touche humoristique complémentaire au sérieux des chansons.

Ce spectacle, qui s’est ouvert et (quasi) conclu avec un usage intelligent du rideau séparant la scène de la salle, restera comme l’un des très bonnes tournées d’une carrière riche et variée. Pierre Lapointe aime proposer des projets différents à chaque cycle – impossible de s’ennuyer avec lui.

Pour déjouer l’ennui est encore présenté ce mercredi 19 février et reviendra au Grand Théâtre, dans la salle Louis-Fréchette cette-fois, le 10 avril 2021, après être passé un peu partout au Québec et en France.

Le lien du spectacle et la setlist.

Cyril Schreiber