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C’est fini le temps des étoiles

par Alexandre Boutet Dorval, le 11 février 2015 | Des kiwis et des nerds

Quand je me suis inscrit à un MOOC sur l’astronomie, la session dernière, mes amis m’ont demandé pourquoi je faisais ça. Pour quelle sorte de raison barbare est-ce que j’aurais envie d’étudier quatre à six heures par semaine, en plus de mes études régulières, pour acquérir des connaissances qui ne me serviront pas dans ma carrière?

Effectivement, mon employeur se fiche un peu de la précession des équinoxes. Mais maintenant, quand je lève les yeux au ciel, je comprends un peu mieux ce qui s’y passe. Je comprends que les étoiles sont immobiles, du moins, pour autant que nos courtes vies puissent l’apprécier. Si elles semblent bouger, c’est que notre monde entier et même notre propre conception du temps vrillent à s’en épuiser sous leur lueur impassible. Je n’ai pas la prétention de vraiment comprendre le cosmos, mais je comprends mieux toute la petitesse et la futilité de ce monde qui s’épuise à tourner sans prendre le temps de lever les yeux.

Il y a des gens qui en savent plus que moi qui rôdent au sommet d’une montagne, quelque part en Estrie. L’Observatoire du Mont-Mégantic a toujours été une sorte de curiosité, un monument. Les gens qui l’administrent ont même réussi le tour de force de créer une « réserve de ciel étoilé », en convainquant les municipalités avoisinantes de retirer au possible tout éclairage extérieur non-essentiel. Au sommet du mont trônent deux massifs télescopes. Le plus gros est réservé aux scientifiques, évidemment. L’autre télescope a été fabriqué par un riche enthousiaste. Dans sa cour. Et il a été légué à l’observatoire en tant qu’héritage scientifique destiné au grand public. Ce deuxième poste d’observation existe pour les gens comme moi qui ont le vertige en regardant par en haut. Pour l’instant.

Parce que c’est la dernière trouvaille en matière de compressions budgétaires. Le gouvernement fédéral ne reconduit pas sa subvention d’un demi-million de dollars. L’observatoire, le seul en son genre au Canada, n’aura plus les moyens de fonctionner.

La petite planète n’arrêtera pas de tourner pour autant. Mais nous serons encore un peu plus aveugles à notre univers alors que l’espace et le temps continueront de nous glisser dessus comme sur le dos d’un canard.

C’est fini, le temps des étoiles. C’est l’heure de travailler, maintenant.

Mise à jour: L’observatoire du Mont-Mégantic est maintenant assuré de survie pour au moins 2 ans, jusqu’en 2017.

Auteur : Alexandre Boutet Dorval