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Une Histoire de comics (Partie 1)

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par André-Philippe Doré, le 7 mars 2015 | Des kiwis et des nerds

Pour faire pardonner mes absences répétées à l’émission durant les dernières semaines, moi, André-Philippe, grand maître des comics, ai décidé de composer un billet de blogue pour vous introduire à un sujet des plus fascinants et importants : l’histoire des comics.

Ce qu’il faut savoir tout d’abord est que, de la même manière que l’histoire de notre monde est divisé en grandes périodes (Antiquité, Moyen-âge, etc.), l’histoire des comics américains est divisé en grandes périodes, définies à la fois par des événements prenant place dans le monde réel, mais aussi par des changements à l’intérieur des comics. Par exemple, l’ « Âge d’argent » est définie à la fois par un regain de popularité des bandes dessinées, mais aussi par un changement de génération chez les héros de DC Comics (comme Green Lantern, qui devient Hal Jordan au lieu d’Alan Scott). Outre des changements dans les histoires présentes dans les comics, des changements dans la manière même de concevoir un comic se font voir dans un changement d’âge, autant sur l’aspect des techniques narratives que du style de dessin (faites l’exercice de lire un comic des années 60, vous allez comprendre).

Sans plus attendre, voici ces fameuses divisions de l’histoire comicquesque (excusez le néologisme poche). Il faut préciser que cet article ne sera qu’un survol de l’histoire des comics. De futurs billets ou chroniques approfondiront certains éléments plus précis (genre l’année 1986).

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L’ère des aventuriers en chest : l’Âge de platine

Beaucoup de gens s’intéressant aux comics semblent malheureusement penser que la bande dessinée américaine n’existait pas vraiment avant la création de Superman. Or, détrompez-vous, il y avait des comics avant Superman. Seulement, avant que Siegel et Schuster lancent la mode des héros avec des capes, les protagonistes des comcs n’avaient pas vraiment de super-pouvoirs, d’où leur nature de « héros » et non pas de « super-héros ». Par contre, on ne parle pas ici d’histoire à la Big Numbers où les héros sont des mères de famille blasées qui chillent dans une cuisine, mais plutôt d’aventuriers rusés et forts, qui sont mis en scène dans des histoires très proches de ce que proposera la BD super-héroïque quelques années plus tard. C’est pas clair? Pensez à Tarzan, aux bandes dessinées de western, à Buck Rogers, Flash Gordon, etc.

Fait étrange par rapport à ce style de comics, avec l’arrivée des super-héros, les héros du pulp disparurent peu à peu. Cependant, on voit souvent resurgir de nul part des comics mettant en scène les héros de l’Âge de platine (Lords of Mars, par exemple) ou encore s’inspirant clairement de cette époque (Tom Strong en étant le meilleur exemple). Comme quoi, malgré que personne ne s’en rappelle, l’Âge de platine a une influence indéniable sur la bande dessinée américaine.

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Des dudes en collants qui frappent des nazis : l’Âge d’or

1933, deux juifs de New York créent le premier vrai super-héros : Superman. Publié en 1938, Superman lance la vague de la bande dessinée de super-héros, à laquelle se rattacheront vite Batman (qui est clairement un héros inspiré de l’Âge de platine, disons-le), Captain Marvel, Namor, etc.

Vus l’aurez sûrement déjà deviné, le début de l’Âge d’or prenant place en 1938, la période fut fortement influencée par la Deuxième guerre mondiale. C’est à cette époque, pour donner un portrait impressionniste de la chose, que Superman tire Hirohito par le collet, que Captain America tabasse Hitler et que Captain Marvel (qui, pour l’anecdote, n’appartient même pas à Marvel) se bat contre un vilain nommé « Captain Nazi ».

L’Âge d’or prend fin vers la fin de la Deuxième guerre mondiale, alors que les comics de super-héros perdent peu à peu leur popularité au profit des bandes dessinées de cowboy et d’horreur. En 1950, c’est Timely Comics, créateurs de Captain America qui cessent d’exister, puis en 1953 c’est au tour de Fawcett Comics, créateurs de Captain Marvel, de fermer. En plus, en 1954, un psychiatre de piètre compétence publie Seduction of the innocence, ouvrage qui blâme les bandes dessinées en les accusant de rendre les jeunes violents et plus propices à commettre des actes criminels (ce qui mènera à la création du Comic Book Code Authority, au sujet duquel Myriam avait fait une chronique à l’automne).

Ainsi, on se retrouve au début des années 50 avec un marché de la BD de super-héros rachitique, dans lequel personne ne veut investir. L’Âge d’or est bel et bien terminé.

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Des dudes en collants trop puissants dans des bandes dessinées trop enfantines : l’Âge d’argent

Aquaman qui appelle un espadon pour désarmer un cambrioleur? C’est clairement un comic de l’Âge d’argent. Un héros semi-omnipotent? Sûrement l’Âge d’argent. « Captain America… commie smasher »? Encore l’Âge d’argent.

Le comic de super-héros semble mort et enterré au début des années 50, comme mentionné deux paragraphes plus tôt. Or, en 1956, DC Comics publie le comic Showcase #4, mettant en vedette Barry Allen, le nouveau Flash. Pour une raison quelconque, ce numéro se vend plus que bien, et c’est donc avec lui que le genre super-héroïque recommence à gagner en popularité. DC Comics procèdent alors à une revitalisation, en ramenant d’anciens héros comme The Atom et Green Lantern, mais sous une autre identité (qui sont souvent les plus connues de nos jours). L’Âge d’argent des comics débute.

Si l’Âge d’or était ancré dans la Deuxième guerre mondiale, l’Âge d’argent est plutôt ancré dans la guerre froide. Ainsi, on passe des super-vilains nazis à des super-vilains communistes. En même temps, les histoires deviennent beaucoup plus enfantines. Les comics d’horreur cessent presque d’exister alors que la censure du Comic Book Code Authority interdit les morts-vivants, les problèmes perdent leur saveur « street » alors que les truands sont remplacés par des extraterrestres et les héros sont accompagnés d’animaux (genre Comet, le cheval de Supergirl) et d’enfants aux pouvoirs magiques (genre Aqualad).

C’est aussi lors de l’Âge d’argent que débute l’idée d’un multivers unissant les différentes générations de super-héros (encore une fois, c’est Flash qui est novateur à ce niveau, alors que Barry Allen rencontre Jay Garrick dans Flash #123). Autre innovation de l’époque : la méthode production de masse de scénarios de Stan Lee, qui crée la « Marvel Method », permettant d’écrire un comic en donnant seulement quelques directives au dessinateur, rendant le processus de création plus efficace, mais aussi beaucoup moins axé sur le scénario.

On peut donc dire qu’après les horreurs de la Deuxième guerre mondiale, alors que la peur d’une catastrophe nucléaire plane sur les États-Unis, les comics se comportent comme un moyen de faire surgir l’émerveillement, de faire oublier les peurs de la Guerre froide.

 

La semaine prochaine: la deuxième partie de ce fabuleux dossier sur l’histoire des comics. Vous apprendrez donc comment, après l’Âge d’argent, c’était normal de voir des super-héros se piquer à l’héroïne !

Auteur : André-Philippe Doré