fbpx
Nouvelles

Des festivals de région à Osheaga

par Nicky Lamontagne, le 5 août 2019 | Festival, Nouvelles

Osheaga, c’est notre version des Coachella et Lollapalooza de ce monde. Notre petit Fyre Festival à nous, sauf que pour l’organisation ça fonctionne bien depuis 14 ans. On ne peut cependant pas nier que le festival est devenu celui des pseudo-influenceurs.

Y a-t-il encore des gens qui vont à Osheaga pour les concerts? Oui et on aura l’occasion d’en reparler. Il n’empêche que quelques-un.es devraient revoir leur priorité, mais ça c’est mon opinion de jeune aigri.

Force est d’admettre que le côté «de luxe» du festival s’agence bien mal avec mon salaire en dessous du seuil de la pauvreté. Je vais bien, ne vous inquiétez pas. Le truc, c’est de garder ses dépenses au minimum et d’avoir un emploi dans les médias qui nous permet de vivre des expériences comme celle-là à prix modique.

Grâce à la générosité du festival, j’ai pu assister pour une première fois à l’événement. Récit d’une fin de semaine aux couleurs de Midsommar(sans les hallucinogènes).

N.D.L.R. Vu l’énorme quantité de concerts présentés en trois jours, j’ai essayé de me limiter à ce qui était le plus pertinent pour vous comme pour moi.

 

JOUR 1

Il est 13h. Je mets les pieds au parc Jean-Drapeau. Arriver à l’heure, ça veut aussi dire pouvoir profiter de quelques concerts paisibles avant que la foule n’arrive en trombe pour la fin de semaine. Mon premier coup d’oeil au site en est un bon. Je me vois charmé par les installations toutes plus milléniales les unes que les autres; parfaites pour tous ceux et celles qui souhaiteront mettre à jour leur profil Instagram ou Tinder.

Mon festival commence officiellement au son de Dear Rouge, groupe de rock électronique de l’autre bout du pays (Colombie-Britannique). Excitée d’être sur place, la foule embrasse la fougue de la chanteuse, Danielle McTaggart, qui y va d’artifices classiques pour la séduire : bottes scintillantes, bombe fumigène colorée et bain de foule.

Pour moi, ce premier concert est aussi l’occasion de remarquer les gicleurs placés à chaque extrémité de la scène. Je comprends assez vite que j’aurai à me battre avec eux toute la fin de semaine pour prendre de potables clichés. C’est le prix à payer pour ne pas succomber sous la chaleur accrue par les changements climatiques.

Je jette un oeil rapide à Tom Walker, qui en était à son premier festival au Canada, avant de prendre une pause et de me rendre au spectacle que je rate depuis un an dans tous les festivals : TEKE::TEKE. L’attente en aura valu la peine puisque le groupe en avait dans le ventre en ce vendredi après-midi.

Je me demandais justement si jouer en plein jour allait affecter la performance du groupe qui a plutôt l’habitude des fins de soirées. Aucunement. L’allure tropicale de la scène des arbres ne pouvait mieux s’agencer à TEKE::TEKE. On pouvait d’ailleurs trouver autant d’éléments de décor – lire ici instruments – sur scène, car la formation, fidèle à son habitude, a multiplié les apparitions d’instruments moins habituels.

Le post-rock à saveur japonaise de ces Montréalais d’exception aura conquis son public. On pouvait sentir que même les plus sceptiques qui étaient venus se chercher un cocktail Perrier à 10$ sont repartis le cœur grand et la tête pleine d’idées.

De mon côté, la seule idée que j’ai en tête, c’est d’aller manger. Ce que je fais habilement en me prenant un bagel au passage. Je fais ensuite un arrêt aux toilettes juste à temps pour le premier no paper gate de la fin de semaine. Plusieurs festivalières se voient contraintes d’annuler leur visite. Triste à voir.

La tristesse se poursuit alors que d’autres apprennent que leur artiste préféré, J Balvin, ne pourra se rendre à temps au festival. Sa prestation est annulée, les laissant bredouilles, amers et frustrés. Pendant que les messages de désespoir affluent sur les plateformes de réseautage électroniques, je continue mon excursion en territoire japonais, cette fois-ci avec Joji.

Le concert a tout ce qu’un ancien youtubeur devenu rappeur qui chante sur une backtrack peut offrir. La foule est tout de même en liesse devant l’instigateur du Harlem Shake (qui avait fait sensation en 2013). Les moments marquants : le claviériste qui joue un extrait de True de Spandau Ballet, le chanteur qui invite les gens à sucer et le trio qui se permet la chanson thème d’Histoire de jouet. Très meme dans l’ensemble.

Je termine la soirée sur la même scène avec des gars pas mal plus talentueux en Kurt Vile and The Violators. Concert classique pour la formation qui maîtrise aussi bien le grattage de cordes que les changements de guitares. Kurt Vile évoque par moment son Cobain intérieur au chant avec quelques pulsions abdominales bien senties.

Si ça n’avait pas été de notre mauvais positionnement dans la foule, le concert aurait été magique. Étant au rang premier, le son nous provenait d’au moins trois endroits différents, nuisant à la synchronisation des instruments dans nos cerveaux épuisés. Une bonne nuit de sommeil servira la prochaine journée.

JOUR 2

Nouvelle journée qui commence à la scène des arbres (rapidement devenu mon endroit favori du festival) avec l’une des seules représentantes de la scène québécoise au festival : MUNYA. Elle nous sert sa synth-pop minimaliste avec beaucoup d’adresse, sauf qu’elle aurait bénéficié d’avoir autre chose que des samples pour l’accompagner. Disons seulement qu’il est plus difficile de remplir un lieu sans le son de véritables instruments.

Notons l’effort louable d’avoir accueilli sur scène l’instant d’une chanson Gabriel Lambert, guitariste d’Anemone, ainsi qu’un certain Cecil. L’artiste s’accompagne aussi elle-même à la six cordes électrique pour la deuxième partie du spectacle, ajoutant un minimum de tonus à ses chansons remplies de potentiel.

Je me dirige après coup vers U.S. Girls, véritable coup de cœur pour moi pendant ma virée au Festival La Noce le mois dernier. Encore une fois, le groupe est impeccable sur scène en grande partie grâce à la présence électrisante de la seule membre permanente du groupe, Meghan Remy.

Ce qui est intéressant avec U.S. Girls, c’est la légère théâtralité qui s’installe à travers les neuf musiciens qui se distinguent tous par leur accoutrement, notamment. Le concert est ficelé de façon à ce qu’il y ait une montée d’intensité constante; jusqu’à ce que tout le monde danse et crie de manière quasi chamanique.

On le note particulièrement lorsque la leader charismatique du groupe descend dans la foule pour danser avec elle à la toute fin du concert. Une belle communion entre l’art et le peuple qui durera plusieurs minutes et collera le sourire au visage de tous ceux et celles qui y assistent. Les musiciens quittent un à un la scène et on se dit : à la prochaine fois.

Je passe le reste de l’après-midi à déambuler à travers les installations du site. Je fais un peu de lèche-vitrine entre King Princess, Vladimir Cauchemar et SALES. La première, quelque part jeune prodige, est celle qui semble la plus prometteuse, notamment lorsqu’elle sort son côté un peu plus slacker rock sur des chansons comme Upper West Side.

Mon parcours déambulatoire me mène finalement devant un énième concert des Louanges. Puisque je n’avais pas l’intention d’en parler, je me contenterai de vous dire d’aller le voir aussitôt qu’il sera de passage chez vous si ce n’est pas déjà fait. Vincent Roberge et ses musiciens torchent.

Mention spéciale à Janelle Monae qui a bien rempli son heure de chorégraphies, de changements de costume et autres babioles. Elle a profité de sa présence en sol canadien pour envoyer un message anti Trump et nous remercier de continuer à lutter pour les droits des groupes opprimés de la société. On lui souhaite que les canadiens.ennes ne votent pas conservateur aux prochaines élections.

La nuit finit par tranquillement s’installer sur le parc Jean-Drapeau au parfait moment pour le concert que j’attendais depuis le café du matin : Beach House. La formation américaine nous a fait voyager sous les étoiles avec une musique aussi planante que viscérale. On se trouve quelque part dans les mêmes eaux que Slowdive avec une subtile touche Sigur Rós.

Visuellement, on a droit à l’un des concerts le plus intéressants jusqu’ici. Alex Scally, Victoria Legrand et leur batteur nous apparaissent comme de simples silhouettes devant des projections intersidérales qui ne nous distraient pas de ce que nous sommes venus faire à la scène Honda Civic : écouter de la musique.

C’est donc dans le noir que les trois musiciens nous ont servi de nombreuses pièces de leur plus récent effort musical ainsi que quelques-unes de leurs pièces maîtresses comme Myth et Space Song. L’un des meilleurs concerts de la fin de semaine, sans aucun doute. Ne reste plus qu’à aller prendre une bière pour décompresser.

JOUR 3

Le troisième jour, c’est celui que tout le monde attendait avec impatience. Probablement le plus achalandé des trois aussi. En guise d’apéro, j’ai décidé de retourner à la scène des arbres pour aller voir les gagnants de l’édition 2019 des Francouvertes : O.G.B.

Original Gros Bonnet, c’est 7 musiciens et amis qui ont décidé d’unir leur force pour donner naissance à ce projet assez unique dans le milieu musical québécois : un mélange de jazz et de spoken word qui n’est pas sans rappeler ce que fait par moment BadBadNotGood.

Première surprise à leur entrée sur scène : Franky Fade et GreenPiece sont éclopés. Le chanteur nous explique que c’est parce qu’ils sont des «cascadeurs amateurs amateurs de cascades». Il se serait éclaté la cheville gauche en voulant rétablir le déséquilibre créé par la blessure du claviériste à la cheville droite. Il invite tout le monde à rester vigilant dans la recherche de l’équilibre à tout prix.

Le groupe sera joint tour à tour par Bkay de LaF (gagnant des Francouvertes en 2018) et d’autres collaborateurs. On a droit à une véritable fête pour ouvrir la journée, tellement que les gars se sont emportés et ont dépassé leur temps sans s’en rendre compte. Pas de temps pour une dernière chanson, au grand déplaisir de la foule.

Je me dirige alors vers le son de la formation irlandaise, Fontaines D.C. Le groupe agit comme un genre d’objet musical non identifié dans la programmation qui se tient plutôt loin des sonorités plus punk. Une bonne poignée de festivaliers.ères s’en trouve visiblement ravie allant même jusqu’à partir un mosh pit : mon premier de la fin de semaine.

Le post-punk aux sonorités fortement ancrées dans la culture anglaise oeuvre tel un véritable vent de fraîcheur sur le festival, me donnant la force de continuer en cette ultime journée.

Je continue mon exploration des styles musicaux à la scène de l’île, là où on a réuni tous les projets électros qui se produisent pendant le week-end (à l’exception des Chemicals Brothers). J’y mets les pieds pour l’une des rares fois du festival afin d’aller entendre un producteur que j’apprécie depuis un bout : CRi.

Après nous avoir mis dans le bain en solo, le montréalais d’adoption invite Sophia Bel et Jesse Mac Cormack sur scène pour ajouter guitare et voix à ce qu’il mijote. Alors que Sophia ne restera que le temps d’une chanson, Jesse restera une bonne partie du concert mêlant lui aussi sa voix aux beats transportants de CRi. Un excellent set d’une heure qui aura au moins séduit mon accompagnateur rarement fan de musique électronique.

Le reste de la journée aura été consacré aux têtes d’affiches de la journée et du festival. Si vous voulez savoir ce qu’on fait les Mac DeMarco, Metric, Tame Impala et Childish Gambino de ce monde, dites-vous qu’ils ont parfaitement fait ce pour quoi ils sont si appréciés.

Je me contenterai de mentionner que Mac DeMarco devrait penser devenir résident dans un motel ou un camping où il ferait un excellent crooner. Les gens de Québec seront ravis d’apprendre qu’il a terminé son spectacle avec un cover de Enter Sandman. Dans le fond, il manquait peut-être un peu de Metallica dans tout ça.

(Crédit photo : Nicky Lamontagne)

Un merci tout spécial à Anthony Cayouette pour les quelques cues qui ont aidé à la rédaction de cet article.