fbpx
Blogues

Mon demi Festival OFF

par Nicky Lamontagne, le 8 juillet 2019 | Festival

Comme la tradition le veut, on passe nos Festival OFF et Festival d’été de Québec à la Ninkasi Saint-Jean. Ça se passe bien sauf que la terrasse de l’établissement est une véritable serre tropicale.

J’apprendrai plus tard que la propriétaire nous trouve épais de faire notre émission là, mais qu’Émilie Rioux s’entête à poursuivre l’aventure. J’en prends bonne note.

JOUR 1

Une fois notre cuisson atteinte, on se dirige vers le spectacle de Mélanie Venditti. Juste avant, je dois néanmoins retourner à la maison pour un rendez-vous avec une conseillère financière que j’ai tout bonnement pris pour boucher mon heure de libre.

Pas le choix, je lui mangerai en plein visage. Elle m’explique la différence entre les différents types d’assurances et me fait comprendre que si je meurs demain matin, je mets tous mes proches au bord de la faillite. Elle m’explique ensuite que mes chances de mourir ou de devenir invalide dès demain sont très grandes.

Ça me prend donc une assurance, mais pour l’instant celle que j’aimerais avoir c’est l’assurance que je ne raterai pas le début du spectacle de Venditti.

C’est raté. J’arrive à la moitié du concert.

Au moment où je mets les pieds dans la Salle Multi, la prestation bat son plein et se complaît dans une ambiance plus rock que celle à laquelle je m’attendais. Il faut dire qu’Épitaphes, paru au printemps, est un projet plutôt mélancolique chargé en émotions.

Justement, l’auteure-compositrice-interprète prend un moment pour faire un court hommage à la colère, étape nécessaire du deuil : thématique de son plus récent effort musical. Elle demande à la foule de penser avec elle à quelque chose qui les frustre avant de jeter, doucement quand même, une assiette au sol en guise de catharsis. Le geste me rappelle mes jeunes années d’université.

Elle lance aussitôt sa chanson Faire tourner les assiettes qu’elle dit inspirée de Like Spinning Plates de Radiohead, pour le titre du moins.

À la fin du spectacle, Mélanie Venditti semble touchée par l’écoute des spectateurs et spectatrices sur place; écoute qui marquera la soirée et qui deviendra fort importante pour la carte blanche de l i l a.

Nous y reviendrons.

Pour l’instant, c’est N Nao qui occupe la foule au Studio d’essai de la Méduse; seul concert présenté sur cette scène ce soir-là. Les gens qui ne connaissaient pas encore celle qui «distribue de la musique pour la fin du monde» l’auront adoptée.

Elle nous a offert sa pop psychédélique aux accents ’90 en alternant avec la plus grande des aisances entre clavier, guitare et autres machines qu’elle aurait pu avoir sous la main.

L’artiste mentionne qu’elle désire nous lancer de la musique dans les oreilles jusqu’à la fin de ses jours : on ne s’en plaindra pas.

Est venu le temps de prendre une bière, puis de regagner une Salle Multi transformée pour le clou de la soirée : l i l a. La scène est installée au parterre pour l’occasion. On a droit à un spectacle à grand déploiement qui respecte merveilleusement la douce essence de Marianne Poirier.

Tranquillement, les musiciens se joigne à la scène un à un éclairés par une ampoule tantôt blanche, tantôt mauve. Des banderoles soigneusement confectionnées par l’auteure-compositrice-interprète et ses parents (jusqu’à 3h du matin la veille du spectacle, nous avoue-t-elle) tombent du plafond au fur et à mesure que le concert avance.

Des projections illuminent les banderoles et accompagnent sans prétention la performance des musiciens. Des danseurs se sont également joint avec des chorégraphies qui sont un peu passées sous silence.

Ce silence était d’ailleurs de mise à travers les spectateurs qui se sont assis pour l’une des multiples fois cette année au Festival OFF. On pouvait entendre la moindre note résonner entre les quatre murs de la Salle Multi.

Est-ce qu’on reverra un spectacle d’une telle stature pour l i l a? Nul le sait, mais une chose est certaine : il fallait y être.

Crédit photo : Llamaryon – Festival OFF de Québec

JOUR 2

Pas de fla-fla pour cette seconde journée en marge du FEQ. Après un shish taouk bien mérité, on décide de s’arrêter au Parvis de l’Église Saint-Jean-Baptiste pour le spectacle de Bon Enfant.

Je suis conquis d’avance d’abord parce que je bois une délicieuse bière de la Barberie, mais aussi parce que je suis devant ma scène préférée du Festival OFF. Un coucher de soleil au teint violet se joint à la belle température pour créer une atmosphère presque parfaite.

Bon Enfant, c’est le nouveau projet musical de Daphné Brissette (Canailles) et Guillaume Chiasson (Ponctuation) : un duo complété par Étienne Côté, Mélissa Fortin (Canailles) et Alex Burger.

À l’image de son nom, le groupe nous offre du véritable bonheur en barre à grand coup de chansons estivales. On a même droit au single Ménage du printemps deux fois plutôt qu’une puisque Guillaume avait oublié de mettre son capo pour le premier tiers de la chanson. On corrige le tir, puis on reprend du début au grand plaisir du public qui en profite pour commencer à taper des mains.

Il a y même de place dans le spectacle pour quelques offrandes un peu moins enjouées, mais tout aussi convaincantes. On a hâte à l’album qui devrait paraître le 1er novembre (à en croire les paroles de la chanteuse). Nous verrons. Pour l’instant, le groupe est sans doute l’une de mes découvertes du festival.

Crédit photo : Llamaryon – Festival OFF de Québec

Direction Méduse pour la suite. Ce qui suit va marquer les esprits. Les festivaliers et festivalières ont droit à une Lydia Képinski en pleine forme; elle qui revient d’une prestation qui a reçu un accueil mitigé au Francos de Montréal deux semaines plus tôt.

Elle présente les chansons de Premier Juin dans leurs habits d’origine avant de parfois les laisser tendre vers leurs vêtements aux allures plus raves. Pop rock et musique électronique étaient donc au rendez-vous pour tous ceux et celles qui ont attendu longtemps la venue de l’enfant spéciale à Québec.

Et si vous doutiez encore de la popularité de Lydia Képinski, il ne suffit que de réécouter la performance de la chanson titre de son album pour comprendre que la foule était envoûtée. La chanteuse a d’ailleurs réécrite quelques paroles évocatrices à son sujet pour l’occasion :

«J’ai jamais été à Québec,
De peur que les politiciens y soient
Si les politiciens m’avaient vue
Ils m’auraient sautée dessus»

Vu le retard, le quatuor Mon amie Souffrance prend aussitôt la balle au bond et donne un spectacle qui permettra à la foule de respirer dans l’intensité. La moitié des gens décident d’imiter les musiciens sur scène et de s’asseoir afin de profiter du concert.

Ceux qui ont sorti leur premier EP la veille du spectacle ont su montrer leur savoir-faire dans un spectacle progressif très mélodique aux accents post-punk. L’absence de paroles s’y faisait à peine sentir. Ici, les instruments parlent à eux seuls.

Si on parlait de maîtrise du côté de Mon amie Souffrance, on prend une coche de plus avec Atsuko Chiba, groupe de musique expérimentale basé dans la métropole.

Ces musiciens-là changent de rythme aussi vite que je change de chandails une journée de canicule. Et ils le font avec une précision inouïe. Ce qu’ils nous offrent est unique, stylisé et complètement varié.

Dommage que presque tout le monde soit partie au moment de leur prestation. La chaleur et l’heure tardive à laquelle le concert est commencé y sont sans doute pour quelque chose. Quoi qu’il en soit, les curieux et curieuses qui seront restés jusqu’à la fin en auront eu pour leur argent et plus encore.

Pendant mon demi festival, j’ai vécu de manière assez intense la montée d’intensité à laquelle Jean-Étienne Collin-Marcoux faisait référence en entrevue lorsque nous l’avons reçu. Devoir quitter pour la Noce à Chicoutimi le lendemain était un peu comme m’arrêter en plein coït. Je ferai d’autres découvertes l’an prochain.