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Printemps pour le climat

par Sara Trottier, le 24 mars 2019 | Laissez vos armes aux vestiaires !

Le 15 mars 2019 a eu lieu la première journée de grève étudiante pour le climat de l’histoire du Québec, un mouvement d’envergure internationale comptant des milliers d’actions simultanées à travers le monde. Les jeunes exigent une trêve à l’inaction climatique et demandent aux gouvernements des mesures concrètes pour diminuer drastiquement les émissions d’énergies fossiles. Cette journée annonce peut-être un « printemps pour le climat », fardé de vert. Laissez vos armes au vestiaire a tâché de cerner l’éclosion du phénomène en s’entretenant avec des porte-paroles de groupements militants.

Le groupe « La planète s’invite à l’université », qui a mené les mouvements de grève au Québec, a initié sa mobilisation in extremis. Résultat : 150 000 étudiants en grève, vingt-huit jours après le début de la campagne de mobilisation. Les membres du groupe semblent avoir tiré des leçons des grévistes de 2015, dont on se rappellera du fameux « fuck toute », qui provenait d’une bannière de l’association des étudiant.e.s en art de l’UQÀM[1]. Charles-David Desrochers, porte-parole du groupe à l’Université Laval, nomme les trois points de revendication du groupe : instaurer une loi sur le climat pour que les cibles de réduction des changements climatiques soient alignées avec les recommandations du GIEC ; établir un programme scolaire d’éducation à l’écologie et à la sensibilisation à la crise climatique ; que les établissements d’enseignement retirent leurs investissements des énergies fossiles. Les ministres de l’Environnement des deux paliers de gouvernement (Benoit Charrette au provincial et Catherine McKenna au fédéral), ont tous deux affirmé appuyer la grève. Il y a tout de même un paradoxe à ce que le mouvement soit appuyé de ceux qu’il dénonce.

Le collectif « Extinction Rébellion », d’origine anglaise, prône des actions de désobéissance civile non violentes pour forcer les gouvernements à agir pour le climat. Dans une logique de décentralisation, quiconque peut se revendiquer de l’organisation, tant que l’on en partage les valeurs. Ainsi, la cellule montréalaise d’« Extinction Rébellion » a été récemment formée. Elle donne, dans la métropole, des formations d’éducation à la désobéissance civile et informe les militants de leurs droits vis-à-vis des policiers. Ces formations ont eu une telle popularité que l’organisation a dû refuser des inscriptions. Anthony Garoufalis-Auger, l’un des porte-paroles de l’affiliation montréalaise, voit conjointement la grève et la désobéissance civile, d’après une logique d’escalade des moyens de pression. Questionné sur le Pacte de Dominic Champagne, Garoufalis-Auger croit, comme Desrochers, que bien que ce fut une occasion importante de prise de conscience environnementale pour les Québécois.e.s, c’est loin d’être suffisant : la somme des actions individuelles ne pourra pas régler la crise du climat.

Ces deux groupes bien distincts portent leurs voix à l’unisson pour une même cause, même s’ils prônent des moyens différents. Reste à savoir si les gouvernements qui disaient les appuyer se montreront prêts à traduire cet appui par des actions concrètes. Le 22 mars dernier, « La planète s’invite à l’université » a rencontré le gouvernement du Québec, d’où les représentant.e.s sont sortis mécontent.e.s des cibles environnementales caquistes. « Nous ne devons absolument pas laisser place à aucun compromis. Il n’y aura pas de compromis quand on parle de nos vies, quand on parle de notre futur, de notre avenir collectif. Il n’y aura pas de compromis quand on parle de notre sécurité. », a assuré un porte-parole dans le point de presse au sortir de la réunion. Les mobilisations du 15 mars n’auront qu’ouvert le sillage aux actions à venir.

[1] Alain Deneault, « Quel avenir pour le mouvement étudiant? Entretien avec Hind Fazazi et Samuel-Élie Lesage », dans Liberté, no 314 (hiver 2017), p. 13