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Pop-baroque sur une terrasse de St-Vallier : Entrevue avec Dragos Chiriac de Men I Trust

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par jmlv, le 28 juillet 2015 | Critiques musicales, Le CHYZien

Par: Julien St-Georges

 

 

Je rencontre Dragos Chiriac à La Cuisine, pas la sienne, le resto. Il se prend un café et un verre d’eau, « J’ai pu de café chez nous » qu’il me dit. J’opte pour une pinte et un verre d’eau. On commence à boire et discuter du nouvel album qui est sorti en début d’été, Headroom, du groupe dont il fait partie, Men I Trust. Depuis leur première sortie éponyme en 2014 ces hommes et femmes de confiance nous offrent une pop-électro enveloppante. La trame sonore parfaite pour se dandiner ou pour goûter au soleil sur une terrasse de St-Roch.

 

Je dirige mes questions sur l’inspiration du dernier album et de l’atmosphère musicale générale de Men I Trust. D’où leur vient le besoin de réaliser de l’électro douce, un brin mélancolique, quand on entend tellement de pièces surchargées en drops pour déclencher des séances suantes de twerk?

 

« J’ai déjà essayé de faire de la musique plus trash comme du Dubstep, mais ça m’agresse maintenant. Mon oreille aime des sons ronds » qu’il m’explique en sirotant son café.

 

Est-ce que c’est pour ça que les albums de Men I Trust est décrite comme « Baroque » sur leur bandcamp? que je lui demande. Il sourit.

 

« Je, on [Jesse Caron et lui ], capote sur Bach. C’est vraiment un grand compositeur et un grand homme, qui a créé énormément. Les musiciens de toutes les époques reconnaissent un génie à cet homme-là. Il nous inspire beaucoup. Sa musique est pieuse, belle, détachée par rapport à soi-même qui touche à l’universel, mais reste humble. Il aspire à nous communiquer des messages forts comme le courage face à la mort, sans utiliser le “je”. »

 

C’est vrai que Headroom a une atmosphère posée et intimiste, moins éclectique que l’offrande précédente.

 

« On voulait quelque chose de senti, mais sans tombé dans de sentimentalisme ou une atmosphère trop introspective. »

 

On est donc loin d’une ode à la passion de St-Mathieu. Par contre il y a définitivement un aspect romantique intemporel dans leur musique, une caractéristique de la musique religieuse de l’époque baroque. D’ailleurs, la piste de clôture, Offertorio, ne serait pas hors contexte dans une église. Pourrons-nous entendre un jour leurs chansons dans le calme d’une chapelle?

 

 

« Je sais pas », dit-il sur un ton surpris, « mais j’apprécie de plus en plus de faire des spectacles. J’ai ‘compris’ ce qu’il y avait de plaisant avec le live récemment, avant c’était juste le défi de l’écriture qui m’intéressait. Maintenant je joue plus de piano en concert pour transformer les pièces en direct. On va essayer de faire plus de shows, on en a plusieurs cet été d’ailleurs [surveillé l’horaire du SPOT pour la semaine du 15 août]. »

En attendant leur prochaine représentation, l’écoute de l’album nous offre des mélodies claires et détaillées sans pour autant être froides ou synthétiques. Le groupe touche ainsi à un universel plus actuel, celui de la pop minimaliste, comme celle que font des artistes tels Jamie XX, Sébastien Tellier et Datf Punk. Tous des artistes qui inspirent les Men I Trust, mais qui sont encore vivants et qui ne portent pas (jusqu’à preuve du contraire) de perruques blanches.

 

Dragos m’explique la méthode Men I Trust pour produire ces petits moments pop :

 

« L’écriture, la composition, c’est ce qui m’intéresse le plus. J’ai une formation de piano classique, mais j’ai de la misère à m’afficher comme pianiste parce que je ne me considère pas interprète. Je joue des accords ben simples » dit-il en riant. « Je rentre directement les compositions qu’on [Jesse et lui] a écrites dans l’ordinateur. La plupart des instruments sont interprétés complètement par l’ordi, excepté les tracks de basse et de guitare. Celles-là c’est Jesse qui s’en charge. J’écris pour que ça soit musical, et non en particulier pour un instrument. L’instrument donne le style à cette écriture musicale. C’est ma manière, on pourrait dire, de toucher à l’universel.

 

Je lui demande alors pourquoi, si tout est fait par l’ordinateur, j’ai l’impression que ce sont des musiciens qui exécutent les chansons.

 

« Les vélocités sont attaquées différemment pour donner l’impression que les notes sont vraiment jouées, même si ça reste une écriture musicale virtuelle. Je déphase aussi légèrement les notes par rapport à une grille rythmique parfaite. Quand les notes tombent directement sur la grille ça va sonner très électronique, voir cliché ou amateur. Les micros délais de l’écriture sonnent dans le programme comme un joueur de piano qui n’attaque pas toujours les notes avec une précision parfaite. Ça donne à la musique électronique une expressivité de plus. »

 

On finit nos breuvages, les suivants, puis Dragos quitte pour aller préparer un DJ-set qu’il fera au Cercle en soirée.

 

Un compositeur baroque qui produit de la musique pour chiller. La métaphore est un peu kitsch, comme la musique baroque d’ailleurs.

 

« Comme certaines pièces de la musique baroque française. La musique de la cour, avec toutes ses fioritures, ca peut être vraiment désagréable. C’est le baroque allemand, anglais et italien qui valent la peine, à mon avis. »

 

Comme quoi on peut être fasciné par le passé et faire danser le présent.

 

 

 

 

 

 

Auteur : jmlv