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Maria Sharapova, autopsie d’un scandale planétaire

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par Alexandre Tetreault, le 9 mars 2016 | Conduite antisportive, Non classé

Par Mathieu Bérubé Beaumont

Lundi 7 mars 2015 à 15h00, la presse mondiale était conviée à une conférence de presse majeure de Maria Sharapova. Sur son site web, on pouvait avoir différents liens pour visionner le tout en direct Les rumeurs parlaient de retraite pour la grande Sibérienne de 28 ans qui n’a joué que trois tournois au cours des huit derniers mois suite à plusieurs blessures. À son arrivée au podium, Sharapova paraissait triste tout de noir vêtu et rapidement on a vu que la retraite n’était pas à l’ordre du jour.

En quelques instants, la carrière sans tâche de la Russe fut changée à jamais. On y apprenait que le 2 mars dernier, elle recevait une lettre de l’ITF (Fédération Internationale de Tennis) lui confirmant qu’elle avait échouée un test anti-dopage lors des derniers Internationaux d’Australie en janvier 2016. La substance illégale, le Meldonium était sur la liste des produits surveillés par la WADA (Agence mondiale anti-dopage) en 2015, mais ce n’est que le 1er janvier 2016 qu’elle est devenue illégale.

 

Pourquoi Sharapova prenait-elle du Meldonium ?

Sharapova a commencée à prendre du Meldonium en 2006. Son médicament, le Mildronate, est aussi connu sous le nom de Meldonium. En 2006, Sharapova avait des problèmes de santé récurrents, était souvent malade et on à découvert un manque de magnésium en plus d’être diagnostiquée avec une arythmie cardiaque et ayant un historique de diabète pour ses deux parents. À ce moment, son médecin de famille lui a prescrit le Mildronate. Donc depuis plus de dix ans, l’ex #1 mondiale consommait ce médicament sans problème et c’est donc à partir du 1er janvier 2016 qu’elle devenait dans l’illégalité. En effet, la WADA a déterminé que certains athlètes prenaient le Meldonium afin d’augmenter leur performance. Ce produit a pour effet entre autre, d’accroître la vascularisation du muscle cardiaque. Il faut dire que ce médicament n’était pas approuvé aux États-Unis, résidence de Sharapova, mais qu’il est très présent dans les pays d’Europe de l’est.

 

« Je n’ai pas cliqué sur le bouton »

Lors de la courte conférence de presse, la lauréate de cinq titres de Grand Chelem a expliqué avoir reçu le 22 décembre 2015 un lien avec une liste des nouvelles substances inadmissibles. Elle a avouée ne pas avoir cliqué sur le lien afin de consulter la liste et elle prend la pleine responsabilité de cette erreur. Il aurait été facile de critiquer quelqu’un de son entourage, puisqu’avec ses 35 millions de revenu annuel, gageons que son équipe de gestion aurait dû être au fait de cette liste. Sur ce point, on peut se demander si cette omission provient du fait que Sharapova et son équipe était confiant de ne rien faire d’illégal et qu’ils ne se sont donc pas attarder à cette fameuse liste. Le médicament, connu sous un autre nom par le clan Sharapova, lui était tout de même prescrit depuis plus d’une décennie. Malgré tout, la prise de ce médicament est illégale depuis janvier 2016 et considérant le fait qu’on parle ici de l’athlète féminine la mieux payée depuis 2004, il est étonnant que personne de son équipe n’est mis Sharapova au courant. Ultimement, c’est sa responsabilité de connaître ce qui entre dans son corps.

 

Arguments en faveur de Sharapova pour une courte suspension ?

Il est évident que le débat est houleux, d’un côté, si on applique la loi sévèrement, Sharapova pourrait être suspendue pour une période d’environ 9 mois, comme Marin Cilic avait eu en 2013 pour une prise de stimulant. Dans ce cas précis, la grande Russe voudra faire ses points, ce médicament prescrit par son médecin depuis 2006 était pour des raisons de santé, mais encore là, le fabriquant du Meldonium a fait une annonce disant que le médicament devrait être pris seulement de quatre à six semaines pour faire effet. Ensuite, la substance est nouvellement illégale, en effet, Sharapova fut testée positive seulement deux semaines après son ajout sur la liste de la WADA. Puis, il y a l’argument de « l’erreur honnête », le fait que Sharapova ne savait pas que son médicament était maintenant prohibé. En faisant sa sortie publique avant que les médias apprennent la nouvelle, elle a pris la pleine responsabilité de cette erreur et n’a pas demandé à ce qu’on analyse un deuxième échantillon de sang. Ces circonstances atténuantes et sa bonne volonté dans le dossier actuel me font penser que la Russe suspendue à partir du 12 mars devrait recevoir une peine d’environ quatre mois de suspension, s’il s’avérait que l’ITF décerne une suspension supérieure, je ne serais pas étonné de voir Sharapova aller en appel, ayant un dossier défendable dans ce cas-ci. Le but de la joueuse étant de prendre part aux Jeux Olympiques de Rio en août prochain, une suspension de plus de cinq mois verrait son rêve olympique anéanti.

 

La descente aux enfers !

Rapidement après l’annonce de Sharapova, sa carrière irréprochable étant entachée à jamais. Il est vrai qu’en 2006, la Russe avait déjà deux titres du Grand Chelem à son actif et qu’elle était la plus jeune récipiendaire de Wimbledon depuis Martina Hingis, mais ce scandale est un qui la suivra pour toujours. Ce n’est pas un simple scandale à la Tiger Woods, mais on parle ici de la plus grande athlète féminine tout sports confondus qui aurait tentée de se dopée volontaire pour améliorer ses performances. Même si elle réussi à prouver que cela n’était pas dans ce but précis, il y aura toujours quelqu’un pour lui rappeler ce pénible passage en enfer. Sans tarder, Nike et Porsche ont suspendu leur entente avec Sharapova tandis que Tag Heur, qui était en négociation pour un renouvellement publicitaire a mis fin à son affiliation avec la star. Avec les réseaux sociaux en 2016, il est facile d’en profiter pour critiquer librement nos athlètes, Eugénie Bouchard en est un bon exemple et Sharapova ne fait exception. Celle qui avait tout pour elle : les victoires, la beauté, les gros contrats avec les plus grandes compagnies mondiales et sa compagnie de bonbon Sugarpova est en train de tout perdre pour une erreur qu’on ne saura jamais vraiment si elle avait pour but d’améliorer ses performances. Sharapova, qui avec plus de quinze millions de fan sur Facebook devance les Federer et Nadal de ce monde a tenté de contrôler la nouvelle et a dit ce qu’elle voulait que l’on retienne, c’est une excellente gestion de crise et d’aller de l’avant, surtout quand on sait comment l’on aime ceux qui plonge en enfer pour revenir plus fort, mais pour le moment, depuis sa conférence, c’est le silence radio, elle va coopérer dans l’enquête de l’ITF, mais plus rien sur Twitter, Facebook, Instagram ou sur son application personnelle, une décision judicieuse, au moment, où le monde sportif est pris de plein fouet par cette annonce.

 

Les réactions des athlètes et le public

Si les médias ont profité de la chute de l’athlète pour remplir les tabloïds, il en est tout autre de ses collègues du monde du tennis. Si certains critiquent le fait qu’elle aurait dû savoir ce qu’elle ingérait, la plupart se sont mis à ses côtés dans ces moments difficiles et ont salués sont courage et sa grande classe. Novak Djokovic, Martina Navratilova, James Blake, Michael Russel, Ryan Harrison, Judy Murray et même Serena Williams se sont exprimés sur le sujet en soutien à Sharapova. Du côté des partisans, le tout est mitigé, au départ, les gens étaient très négatifs, mais déjà, on sent une vague de soutient sur les réseaux sociaux.

 

Sharapova renaîtra de ses cendres !

Oui Sharapova a pris du Meldonium, reste à savoir si l’ITF prendra en considération ses arguments. Dans une société où les gens aiment voir les grands noms se relever après une chute aux enfers, il ne serait pas étonnant de voir un retour très médiatisé et aussi avec un gros soutien des amateurs de tennis à travers le globe. Sharapova, qui a toujours été reconnue comme la plus grande battante de l’histoire du tennis féminin et avec une force mentale à l’épreuve de tout a déjà annoncé qu’elle ne voulait pas mettre fin à sa carrière et qu’elle sera de retour pour pratiquer le sport qu’elle pratique depuis l’âge de quatre ans et qu’elle aime plus que tout. Maria Sharapova en profitera pour soigner ses blessures et connaissant son caractère, elle sera de retour plus affamée que jamais.

Un article de Mathieu Bérubé Beaumont

Auteur : Alexandre Tetreault